Pour commencer : avant/après



Alors : l’état des lieux :Déballage du colis, je découvre le flycase d’origine dans un état on va dire « avec du vécu » (en clair j’avais peur de ramener la gale dans la maison). La guitare était telle qu’attendue : la caisse en laiton+ nickel est entièrement « piquée » les dessins sont à peine visibles, le manche et la touche (en érable les 2) sont recouverts d’un épais vernis rouge (avec coulures sur la tête), les filets sont absents (défaut fréquent sur les National des années 30, dans le bouquin de Brozman on voit une photo de Son House qui joue un Style 0 de 1931 avec les filets en extrémité de la touche qui sont décollés

…), les mécaniques ne sont pas d’origine, elles sont rouillées et sont très dures (en revanche ce sont bien des mécaniques « inversées »). L’intérieur du résonateur est dans un état de saleté impressionnant : un dépôt noirâtre recouvre le fond… ?...
Les bonnes surprises : le cône et le biscuit sont d’origine avec un très léger affaissement rattrapable, le manche est plutôt droit (ce qui est rare pour les manches avec touches en érable de l’époque), avec une action « classique » de résonateur (2,5mm à la 5eme, 3 à la 7eme et 4mm à la 12eme). Les frettes d’origine sont en très bon état comme le corps.
The beast:

1ere étape : - Nettoyage de la caisse avec de la laine d’acier n°00000 sur les parties récalcitrantes à l'eau savonneuse. Edit: autre option recommandée pour les décapages étendus:"l'Alfachrome" (pâte pour les chromes des motos) et du "Ouator" objets précieux.
Effet immédiat, la caisse retrouve son éclat

et révèle ses fameux palmiers (variation 2 sur les 8 existantes) qui coïncide avec le numéro de série pour situer la fabrication au milieu de l’année 1930.
2eme étape: décapage de l’affreux vernis au papier de verre 180-240-320 + décapant + acétone pour essayer de purger le vernis du bois (pas de photo) et passage au papier de verre 400 et 600.
Etape longue, on a le sentiment de ne jamais voir la fin !
Voici quelques photos du travail en cours :
3ème étape : « Ebènisation » de la touche. Cette partie de la rénovation m’a pris beaucoup de temps de recherche. Déjà essayer de comprendre pourquoi les touches des National Style 0 du début des années 30 ont le plus souvent cette décoloration de la touche :

National utilisait soit des touches en érable non teinté, soit du « dye mapple » c’est-à-dire de l’érable teinté à l’aide d’un colorant noir pour donner l’impression d’une touche en ébène. (j’ai eu de la chance National car faisait un 3eme style de touche, visiblement une espèce de mille-feuilles compressé de cartons…. Inutile de dire que ces touches n’ont pas résisté au temps).
Ensuite il a fallu trouver le colorant adéquat (en 1930, c’est Rickenbacker qui fournissait National). Stewmac propose le produit idéal, mais…………. Non exportable par avion !
Après des semaines de recherche, j’ai finalement trouvé une boutique de costumes et décoration pour cinéma en Allemagne qui en proposait !
Donc application méticuleuse au pinceau fin :


Tout de suite ça redonne de l’élégance !
Ensuite bouchage des trous de vis supplémentaires liés au précédent changement de mécaniques : remplissage avec de fins cylindres de bois enduits de Titebond et arasage au cutter.

Puis
pose des filets de touche, commandés chez Stewart Mac Donald
Collage à la Uhu Hart et thermoformage au sèche-cheveux

Mise en place des cales et des serre-joints avant un séchage de 48h pour pouvoir attaquer la mise à niveau des filets en hauteur et en épaisseur (pas facile avec les frettes en place !)
Maintenant vient l’étape du vernissage. Là, pareil, il y a fallu se documenter

: quel type de vernis était utilisé par National en 1930 sachant qu’il est difficile de trouver un réso de cette époque avec un manche encore entièrement vernis, ce qui suggère un vernis très fragile.
Au fil de mes recherches j’ai pu me rendre compte qu’une bonne partie des manches de Style 0 des années 1930 ont déjà été refaits.
S’agissait-il d’un vernis nitrocellulosique teinté ? D’un vernis au tampon ? D’un bois précoloré avant l’application d’un vernis incolore ?
Mike Lewis m’a gentiment répondu que les vernis de l’époque étaient très fins et très fragiles, ce qui m’a définitivement orienté vers un vernis nitro cellulosique teinté. J’ai lu très récemment dans le livre de Bob que la compagnie National avait entamé dès 1930 une politique d’optimisation de son processus en limitant le nombre de vis (façonnées à la main) sur la coverplate (c’est pour ça qu’il y a 2 types de fixation de la coverplate : soit 8 véritables vis comme sur le mien, soit 1 vis et 7 autres à « décliper ») et en diminuant le nombre de couche de vernis à appliquer sur le manche ! (d’où la fragilité du vernis…)
Une fois qu’on a dit ça c’est bien, mais comment on fait quand on débute et qu’on n’a pas de matériel de vernissage à disposition ????? Et bien on cherche des bombes de vernis nitro colorée ! Pas facile, peu de choix, relativement onéreux, mais bon pas le choix !
Pour commencer passage d’une
sous-couche de « Fondur » (à la mèche de coton) afin de remplir les pores du bois mis à nu. Séchage 48h et ponçage
Puis voilà l’attirail des bombes de nitrocellulosique satiné :
Pour le Sunburst façon National (dégradé d’une couleur) : une bombe de tobacco brown, une bombe de light tinted pour les zones claires pour donner un aspect vieilli.
Pour la finition une bombe de vernis satiné incolore de chez Leking Merlin
2 à 3 couches par jour avec 2 heures de séchage entre chaque et ponçage au papier de verre 600-800 tous les jours

-
Premières couches de vernis nitrocellulosique en bombe « light tinted » pour donner un aspect « vieilli »
Ajustement de la couleur en fonction des couleurs des National style 0 de l’année 1930 constatées (c’est très varié !) :


Cette étape est vraiment délicate, il faut être très patient et éviter les coulures.
Ensuite quand le vernis « teinté » est bien sec (1 semaine) application de 2 couches d’incolore et on laisse sécher 15 jours.
Après 15 jours de séchage,
finition finale à l’aide de papier de verre 100-1200 puis 2000 à l’eau avec une goutte de liquide vaisselle :

Changement des anciennes mécaniques (déjà changées probablement dans les années 70-80) de mauvaise facture et peu fonctionnelles par les rééditions des mécaniques originales (National Resophonic) :

Photo de la tête au final après changement des mécaniques et pose d’une nouvelle décal de tête (waterslide) (plus vernissage à l’aide d’un vernis à l’eau pour ne pas dissoudre les couleurs)
En ce qui concerne l’intérieur de la bête :
nettoyage de l’intérieur : une couche noire de poussière, « sédiments » recouvre le l’intérieur. Nettoyage à l’eau.
« Cône » et « biscuit » originaux, cône légèrement « affaissé » mais que je garde pour le moment

